Manger ou conduire, nous faudra-t-il choisir ?
Libres propos sur l’énergie agricole
L’agriculture, depuis sa création, a produit bien d’autres choses que la seule alimentation. On peut citer, encore aujourd’hui, les fibres textiles comme coton et lin, les matériaux de construction comme le bois, mais aussi l’énergie comme le bois de chauffage. Il n’est donc ni tabou ni sans intérêt de prévoir de l’énergie pure produite par le monde agricole. D’où le récent développement des agrocarburants, consistant à produire un équivalent pétrole à partir de céréales, sous l’impulsion du Président Jacques Chirac. L’idée est a priori séduisante : gestion de la crise énergétique et nouveau débouché pour l’industrie agricole. Mais à la crise énergétique s’est ajoutée une crise climatique liée aux gaz à effet de serre puis une crise alimentaire mondiale.
Et le choix des agrocarburants apparaît dès lors comme l’archétype de la fausse bonne idée. Si les agrocarburants ne sont pas issus de résidu fossile, ils n’en dégagent pas moins de CO2 lors de leur production (distillation des betteraves pour l’éthanol) et bien sûr en brûlant dans nos moteurs thermiques. Et surtout, mettre des produits alimentaires dans nos réservoirs n’est pas envisageable quand on sait que l’humanité souffre de malnutrition par milliards et meurt de faim par millions. Et que les premières victimes de la faim sont … des agriculteurs. Triste ironie de l’histoire. En l’état, les agrocarburants doivent être rangé au placard des erreurs. Quitte à le rouvrir avec la seconde génération.
En revanche, il y a les biocarburants. L’idée d’une agriculture produisant de l’énergie tout en produisant de la nourriture reste pertinente et doit être encouragée. Mettre en place des systèmes capables de préserver et de sous produire de l’énergie à usages non alimentaires ne peut qu’être encouragé. Il faut aussi que les modes de production soient “sûrs” en terme de diminution de la production de Gaz à Effet de Serre: si le cycle utilise des engrais azotés de façon importante, tout effet positif est peu probable par dégagement de protoxyde d’azote, gaz beaucoup plus “efficace” en terme d’effet de serre que le CO2, jusqu’à 200 fois plus! Et les objectifs ne manquent pas, entre le recyclage des sous-produits comme les pailles, la méthanisation des fumiers et lisiers, la fabrication d’alcool de bois.
Un bon exemple de cette voie est la méthanisation. Ce phénomène a été découvert par un français, Volta, en 1776, puis développée par Lavoisier. La méthanisation est, grosso modo, une digestion de matières organiques par écosystème microbien qui les transforme en compost, méthane et gaz carbonique, et ce sans oxygène. Comme l’indique le site http://www.methanisation.info, « la méthanisation permet d’éliminer la pollution organique tout en consommant peu d’énergie, en produisant peu de boues et en générant une énergie renouvelable : le biogaz ». Ce phénomène naturel a été repris par le génie humain pour en faire un procédé de dépollution des rejets chargés en matière organique tout en produisant de l’énergie sous forme de méthane (voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thanisation).
Bref, la méthanisation appliquée à l’élevage, c’est une installation permettant de transformer les déjections animales résultant des élevages en gaz de ville utilisable pour produire de l’électricité ou faire rouler une voiture au GPL. Lorsqu’on sait que l’un des premiers gaz à effet de serre est le méthane, notamment produit par l’élevage, on comprend l’intérêt de ce procédé pour gérer la crise du réchauffement climatique. On ajoutera qu’outre la digestion des déchets et la production de biogaz, la méthanisation ne dégage pas d’effluent pestilentiel, donc pas de mauvaises odeurs, ce qui est de première importance, comme vous l’indiquera toute personne vivant à proximité d’une usine porcine à grande échelle. Enfin, le produit de la méthanisation, ou digestat, peut servir de fertilisant ou d’amendement organique en fonction de la matière d’origine.
Voilà un progrès technique à promouvoir : production d’énergie, réduction des gaz à effet de serre, gestion des déchets, valorisation de l’agriculture. Ajoutons l’aménagement des territoires en y créant de l’emploi, avec une énergie locale.
La méthanisation n’est pas complexe, puisque éprouvé sur près de 4.000 sites en Allemagne. Et seulement quatre en France : nous avons une certaine marge de progression ! Ce disparité européenne incite à lancer un chantier d’envergure pour l’Union Européenne : voila une proposition qui serait en cohérence avec le programme démocrate aux européenne : pragmatisme économique, agriculture durable et aménagement humain des territoires.
Jacques MARET et Franz VASSEUR